Alexa, dis moi qui est la plus belle ? (Le Test)

Les assistants personnels débarquent en force dans nos vies, avec la promesse de changer notre façon de vivre et nos habitudes. Réalité ou publicité mensongère ? Je vais enfin pouvoir répondre à cette question avec Alexa, l’assistante personnelle d’Amazon que l’on ma offerte pour mon anniversaire.

Puisque ma velue moitié ne sait pas faire simple, il fallait bien qu’après moultes comparatifs et vidéos de test il me choisisse le top – d’après lui en tout cas – soit une enceinte Sonos One compatible Alexa.

Cela démarrait fort avec du matériel « non officiel »… Mais, à sa décharge, son choix s’est également porté sur cette enceinte du fait de sa compatibilité future avec le Google Assistant, ce qui devrait me permettre de switcher le moment venu et si le cœur m’en dit.

Alors quid déjà de la compatibilité Sonos et Alexa ?

Première chose, vu que le choix de l’enceinte Sonos One portait principalement sur la qualité du son, je peux dire que de ce point de vue celle-ci remplie parfaitement son office avec un son très propre et un très bon rendu, que ce soit dans les graves ou les aigus, même avec le volume à fond.

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Sonos One (source : site officiel Sonos)

Question installation, tout est extrêmement fluide et simple pour connecter l’enceinte à votre réseau et activer Alexa. Vous devrez pour cela installer le logiciel de Sonos et celui d’Alexa sur votre smartphone en suivant les instructions.

Dès ce stade toutefois, on constate déjà que le logiciel d’Alexa se montre lent, peu intuitif et très instable, la simplicité reposant à 100 % sur les instructions de celui de Sonos.

Ne reste plus ensuite qu’à connecter vos différents comptes utiles (Spotify, Google, Amazon … etc) pour pouvoir utiliser les fonctionnalités de base.

Avec l’enceinte Sonos, Alexa répond parfaitement aux ordres, même si la version française de l’assistante personnelle requiert une articulation poussée et une phonétique parfaite. Bien souvent, si vous parlez un peu trop vite ou bouffez des syllabes, Alexa ne comprendra rien ou interprètera votre demande à sa manière…

moi : Alexa, quelle est la définition de [mot random] ?

Alexa : la réponse est 8 !

moi : euh ….

A noter que si vous utilisez des mots anglophones vous devrez les prononcer à la « french », inutile ici d’essayer de travailler votre accent impeccable, cela résultera 2 fois sur 3 à l’incompréhension d’Alexa ou à une mauvaise interprétation. Ce qui peut s’avérer assez cocasse quand on commence à lui demander des titres de chansons en anglais…

Il est également important de respecter un léger temps d’arrêt entre le moment où vous l’activez en l’appelant et celui où vous exposerez votre requête.

Rien de rédhibitoire je vous rassure, c’est plutôt une habitude à prendre.

Là où les choses se sont gâtées c’est quand j’ai voulu apprendre à Alexa les fameuses routines. Équivalents simplifiés d’une programmation pour lui faire effectuer des tâches prédéfinies dans un ordre précis et à un temps donné. C’est au final – à mon sens – le truc le plus intéressant que vous pourrez effectuer avec votre assistant personnel.

Je vous le donne dans le mille, Sonos One est incompatible avec cette fonctionnalité d’Alexa. #douchefroide

Manifestement, Amazon s’est gardé quelques exclues sous le pied pour obliger les consommateurs désireux d’exploiter au maximum les fonctionnalités du logiciel, à acheter du matériels officiels.

Qu’à cela ne tienne, je ne suis pas rancunière et j’ai donc profité des soldes pour acheter un Echo Dot 2 à – 10%, le tout étant de réussir à faire en sorte d’utiliser à la fois l’enceinte Sonos One pour sa qualité de son et l’Echo Dot 2 pour les fonctionnalités propriétaires d’Alexa. #challengeaccepted

Connecter l’Echot Dot à mon réseau s’est déjà montré un challenge en soit. Le logiciel d’Amazon est vraiment merdique, c’est long et instable, ça plante toutes les 3 secondes et il faut tout recommencer. La manip en soit n’est pas compliquée, ce sont plutôt les limitations techniques du logiciel qui rendent la chose équivalente à certains passages de Dark Souls, même avec la fibre.

Une fois la chose faite, il était temps de tester la communication entre les deux enceintes pour réussir à lancer de la musique sur Sonos uniquement, parce que question qualité de son, l’Echo Dot 2 est à peine au-dessus d’un radio réveil. Pour ce faire, j’avais déjà fouiné sur les forums d’Alexa France et trouvé le « truc » qui rend la chose possible.

Pour résumer, lorsque vous connectez votre Sonos, et afin de déterminer quelle enceinte particulière vous souhaitez utiliser en cas de réseau, vous attribuez un nom à chaque enceinte. Notre Sonos One par exemple est appelée « Salon ». Il suffit donc de dire « Alexa, lance [musique random] sur Salon. » Et ça fonctionne ! #magique

A présent que le matériel est prêt, qu’en est-il des fonctionnalités d’Alexa ?

Les skills

Les skills sont l’équivalent des applis sur smartphone, soit des programmes qui vous permettent par exemple d’avoir les news de votre journal préféré, de suivre une recette sur marmiton ou de lire des histoires à vos enfants.

Les skills sur la version anglophone d’Alexa sont très développés et variés, sur la version FR et bien : le choix est famélique, c’est bien souvent nulle, inopérant ou inutile et extrêmement limité en terme de possibilités.

Vous trouverez certainement quelques petites appli sympa, mais honnêtement à ce stade de développement on est dans le gadget inutile. Toutefois, ne soyons pas négatifs, Alexa vient de sortir en version française et il faut sans doute laisser le temps à l’assistante de se populariser pour véritablement lancer un marché des skills en France, le grand dommage étant que l’on n’a bien sûr pas accès aux skills étrangères…

La domotique

La fonctionnalité sans doute la plus efficace d’Alexa à ce jour, pour peu que vous ayez bien sûr du matériel compatible. Tout se commande à la voix et les routines permettent de programmer directement vos différents éléments.

La musique

Il faudra investir dans un matériel non officiel pour avoir la qualité de son qui fait défaut aux produits Amazon, même si le Echo Plus semble correct. Pour le reste, honnêtement, à part pour le simple plaisir de lancer des ordres à la voix ou de découvrir ce qu’Alexa considère comme une « chanson romantique », cela n’apporte pas grand chose de plus qu’une bonne chaine HIFI. A noter que ma fille de 6 ans est quant à elle ultra fan et me lance du Magic System à toute heure du jour ou de la nuit…. #helpme

Les routines

La fonctionnalité la plus sympa d’Alexa qui vous permettra de programmer votre domotique, de programmer Alexa à accomplir des tâches journalières ou autre, à vous créer votre routine du réveil parfait ou encore à prévoir qu’à partir de 20h00 par exemple elle baisse automatiquement son volume à 2. C’est important pour éviter la crise cardiaque au milieu de la nuit si quelqu’un a le malheur de l’activer.

Bref, la fonctionnalité qui vous obligera à acquérir au moins un appareil officiel Amazon.

Drop in

Cette fonctionnalité est celle qui vous permet de passer des appels ou d’envoyer des messages via Alexa. Elle ne sera disponible que sur des appareils Amazon Echo. Non compatible avec Sonos One par exemple.

Attention ! Il y a une nuance importante à connaître : drop in ne permet de communiquer – à ce jour en tout cas – qu’avec des personnes possédant eux-même un appareil Echo et ayant activé la fonctionnalité drop in qui ne l’est pas de base. Si personne de votre entourage n’en possède tout ce que vous pourrez faire c’est appeler depuis votre smartphone, via l’appli Alexa, votre propre Echo.

Drop in vous permet également de communiquer via tous les appareils Echo installés dans votre maison si vous avez créé un réseau par exemple.

A noter que pour désactiver la fonction drop in il faut contacter Amazon, vous ne pourrez autrement que la bloquer temporairement avec la fonction « ne pas déranger ».


Voilà à ce jour, le panel des fonctionnalités d’Alexa. Nous sommes encore très loin d’un véritable assistant personnel et encore dans le gadget sympa réservé aux amateurs. Alors Alexa a elle-seule permet t’elle de faire oublier que pour l’instant elle ne sert pas à grand chose ?

Alexa, dis-moi qui est la plus belle ?

Je ne vais pas tergiverser, l’IA d’Alexa FR est à ce jour au stade larvaire.

C’est amusant au début de l’écouter ânonner des blagues pré-enregistrées ou lancer un quizz, mais son intérêt propre est assez limité.

Depuis votre appli Alexa vous pourrez retrouver l’historique de toutes vos requêtes et répondre par oui ou par non à la question « Alexa a t’elle fait ce que vous vouliez ? », ce qui, on le suppose en tout cas, est sensé lui permettre d’apprendre. Pour les plus audacieux, vous pourrez ensuite envoyer un rapport détaillé de ce qui s’est passé, afin de permettre aux équipes techniques de travailler sur ce point précis.

Le suivi est-il sérieux et efficace ? aucune idée. Tout se fait via un formulaire pré-établi qui est ensuite envoyé à Amazon. Quelques minutes après vous recevez un email automatique qui vous remercie, vous indique que votre requête va être transmise à l’équipe de développement et vous dispense quelques conseils d’utilisation.

Nous pouvons espérer toutefois que les utilisateurs/développeurs jouent le jeu et qu’à force de requêtes Alexa va s’améliorer.

A noter également une chose que je trouve dommage, lorsque par exemple nous lui demandons quelle pharmacie est ouverte, elle va se contenter de faire une recherche Google et nous sortir la pharmacie la mieux notée plutôt qu’analyser ou trier lesdits résultats. Franchement léger à ce stade pour une assistante personnelle, puisque Google assistant fait déjà bien mieux sur mon smartphone.

La fonctionnalité d’achat fonctionne par contre parfaitement puisqu’après une soirée avec des amis peu scrupuleux, je me suis retrouvée avec un panier bien garni sur mon compte Amazon. Heureusement, j’avais désactivé la fonctionnalité depuis l’appli Alexa afin d’éviter tout problème, ce qui a évité la commande immédiate. Je vous conseille d’ailleurs de faire de même…

Il est en tout cas pour l’instant impossible de « dialoguer » avec elle, ce qui n’empêche pas ma progéniture de 6 ans de lui parler pendant 5 bonnes minutes peu soucieuse des nombreux « je ne sais pas » qu’Alexa peut lui répondre. Très polie ma fille lui lance un nombre incalculable de « s’il te plait » et nous enguirlande en prônant la sensibilité d’Alexa lorsque nous ne le faisons pas ou encore que ce n’est pas de sa faute si elle répond mal car « elle apprend ».

Une chose est sûre, la nouvelle génération est fin prête pour l’intelligence artificielle et les robots.

L’IA à la maison c’est pas pour demain

Alors inutile de trembler face aux gros titres prônant le règne proche de l’intelligence artificielle, parce que pour l’instant on est encore largement au stade du gadget, en tout cas en ce qui concerne les produits de consommation accessibles. Alexa n’est clairement pas DeepBlue ou DeepMind…

C’est un outil je l’espère évolutif, qui peut trouver sa place dans votre maison pour rendre certaines choses rigolotes ou classes, comme demander la météo ou ce qu’il y a sur votre agenda pour la semaine, mais la fonction d’assistant est encore trèèèès loin d’être significative.

On espère que les skills vont se développer afin d’offrir plus d’utilité à Alexa qui se contente pour l’instant de répéter ce qu’elle trouve sur Google ou d’utiliser ce qui a été mis à sa disposition avec ce que cela implique de pertinence ou non.

Se pose également la question du traitement de nos données personnelles et de la sécurité, qui à ce stade ne sont certainement pas encore au point….

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Au final autant utiliser directement Google Assistant que j’ai hâte de tester également.

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Web Series : Retours de la Connect-e-cut 2016

Ce samedi 30 avril 2016 se tenait à Seloncourt la Connect E Cut, première convention web-média de Franche Comté.

Cette journée consacrée aux web séries en particulier et à la culture web de manière générale fut l’occasion pour beaucoup de découvrir un univers extrêmement varié et en plein essor.

C’était d’ailleurs mon cas, étant totalement novice dans ce domaine, et la conférence de Joël Bassaget intitulée “Anatomie des Web Séries” en fut une excellente introduction :

LES WEB SÉRIES : QUESAKO ?

Définition standard : Série diffusée sur le web.

Cette définition bien que juste reste toutefois incomplète puisqu’il y a évidemment d’autres critères à retenir afin de pouvoir les différencier des séries diffusées par Netflix par exemple, également prévues pour le web.

  • Les web séries n’ont pas vocation à être ou devenir des séries TV, elles sont pensées et créées pour rester sur le web.
  • Format court (aujourd’hui 95% des WS ont des épisodes d’une durée inférieure à 12 minutes)
  • Productions indépendantes.
  • Thèmes abordés différents des programmes mainstream (on parle plutôt de “contre-programmation”, ceci en grande partie dû à l’absence de contrainte liée à l’audience).

 

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Joël Bassaget

LES WEB SÉRIES : UN PHÉNOMÈNE INTERNATIONAL EN PLEINE ÉVOLUTION

Aujourd’hui ce sont environ 1 millier de web séries par an qui sont produites.

Sur cette quantité impressionnante de productions, il y a obligatoirement un problème de qualité, mais pour Joël Bassaget, il n’est pas plus prononcé que dans un autre domaine, proportionnellement parlant, et si certains voudraient changer la dénomination des web séries en “séries digitales”, dans le but de prendre du recul par rapport à cette “mauvaise réputation”, il pense également qu’en dehors de l’aspect “marketing” qui tente de rendre la chose plus « hype », cela ne change rien et augmente même le risque de confusion.

Toutefois, en même temps que le nombre de web séries augmentait, leur qualité s’améliorait également, les amateurs s’étant peu à peu effacés au profit des passionnés, comme tout nouveau domaine où l’effet de mode a un rôle à jouer.

La France se situe en deuxième position mondiale en terme de volume de production, mais si on compare proportionnellement à la population elle prend alors la tête du peloton, et ce malgré une absence totale de soutien de la part du gouvernement, comparativement, au Canada et à l’Australie par exemple qui ont décidé de soutenir ce nouveau média.

Joël Bassaget explique cette volonté de certains gouvernements par le fait que les budgets dédiés aux aides culturels étant en baisse, les responsables ont compris que leur apport à la production cinématographique traditionnelle ne représentant plus que des clopinettes, ces fameuses clopinettes représentaient au contraire une aide significative pour la production de web séries. Un choix intelligent donc.

Pour finir, il est intéressant de comprendre que chaque pays aborde les thèmes traités par les web séries de manière différente, et très typés en fonction de la nationalité.

La France est ainsi particulièrement connue pour aborder des thèmes peu évidents comme la science fiction et l’héroique fantasy, l’Amérique Latine pour rechercher son identité culturelle au travers des web séries ou encore l’Italie pour avoir un soin de l’esthétique très particulier rappelant le cinéma d’auteurs d’après 1950.

Les web séries incarnent ainsi un mode d’expression culturel fort et marqué par une identité nationale reconnaissable et reconnue. Selon le pays producteur le message inconscient ou conscient véhiculé va donc logiquement dépendre des attentes, désirs et questions de sa population, qu’elles soient sociétales, politiques ou culturelles.

On retrouve ici cette notion de “contre-production”, critère manifestement essentiel de ce nouveau format narratif.

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L’équipe de The Popcorn Show

MODÈLES ÉCONOMIQUES DES WEB SÉRIES

A ce jour il existe trois modèles économiques :

1 – La diffusion payée par la publicité.

Le contenu est disponible gratuitement en échange de votre temps de cerveau pour la publicité. C’est un modèle dit “freemium”.

Si ce modèle a joué son rôle fut un temps il n’est aujourd’hui plus viable pour les web séries.

Le public ne peut plus suivre la production actuelle en terme de quantité. Quoique l’on fasse, chaque jour isole davantage les petites productions, l’audience s’effondre même pour les habitués. La masse provoque un manque de visibilité inévitable (Parallèle intéressant avec la production indépendante du jeu vidéo soit dit en passant…)

Pour pallier à cet effet “pervers” de la banalisation du support, le brand content a commencé à se développer de manière significative.

2 – Le modèle VOD (video on demand = vidéo à la demande).

Les créateurs vendent leur vidéo en ligne. C’est un modèle dit “premium”.

Peu efficace dans le cas des web séries, surtout pour les nouvelles productions qui vont avoir du mal à convaincre le public de payer d’illustres inconnus. C’est également très contraignant en terme d’organisation et d’obligations.

3 – La vente aux chaînes spécialisées.

Avec l’expansion du média au-delà du cercle des initiés il était inévitable que se développent en parallèle des plateformes dont le rôle est de centraliser toutes les web séries, mais ce sont aujourd’hui les chaînes de télévision qui s’y intéressent et nombreuses sont celles qui en proposent déjà ou en commandent carrément.

Canal + est d’ailleurs en train de se préparer à cette (r)évolution avec une plateforme entièrement dédiée aux web séries et aurait passé commande pour 1 million d’euros de contenu.

Pour vous donner une idée, 300.000,00 Euros, c’est le coût d’une web série à partir duquel le modèle économique peut se rembourser, rembourser l’annonceur et rapporter du bénéfice.

Ce modèle semble, d’après Joël Bassaget, le plus viable à long terme, et avec lui celui de la VODS, video on demand with souscription(vidéo à la demande avec abonnement) le spectateur peut ainsi avoir un contenu premium de qualité, avec un modèle économique moins contraignant et psychologiquement plus à même de déclencher l’acte d’achat que la simple VOD.

Ce modèle de la VODS est l’enjeu d’une future guerre économique féroce que vont se livrer les acteurs du marché des médias.

De nouveaux enjeux, pour un nouveau format et une nouvelle forme d’écriture qui correspond mieux aux nouveaux usages des consommateurs.

A noter également que le brand content qui tendait à se développer dans le domaine des web séries va sans aucun doute souffrir face aux modèles de VOD et de VODS, car il entre en concurrence directe avec les contrats publicitaires souscrits par les plateformes…

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Cluster Agency

La télévision perd chaque année des parts de marché face au monstre internet et la jeunesse a quitté la télévision qui ne convient plus aux nouveaux modes de fast-consommation (mobile, tablette, tout, tout de suite et tout le temps).

D’après les derniers chiffres d’une étude américaine, 30% des 15-25 ans ne regardent d’ailleurs plus la télévision à la télévision.

Toutefois, c’est manifestement une erreur de penser que le public des web séries est celui-ci, pour Joël Bassaget il se situe plutôt dans la tranche des 25-40 ans.

Ce que l’on peut retenir de cette conférence et de l’analyse de Joël Bassaget c’est que la web série entame à peine son voyage vers la reconnaissance et cette nouvelle forme d’écriture est un eldorado qui s’ouvre dans un secteur extrêmement concurrentiel. La masse de consommateurs potentiels donne le vertige puisque cette fois l’audimat n’est pas limité géographiquement ou techniquement puisque transportable via les tablettes et les smartphones.

Le danger est toutefois inévitablement un aller simple vers une standardisation du média afin de rentrer dans les petites cases des annonceurs et de leurs objectifs d’audience…

LA COMPÉTITION WEB SÉRIE DE LA CONNECT E CUT

La Connect E Cut c’était bien évidemment aussi l’occasion de découvrir la sélection officielle des web séries en compétition pour le grand prix, soit : Cluster Agency, Entendu dans les bars, Euh, IO, Mortus Corporatus, Random, Self Story, The Hunters, The Popcorns Show, Zozo le fugitif de l’espace.

Je dois dire que j’ai été très agréablement surprise par les différentes productions qui ont pu être présentées, tant par les thèmes abordés que par la qualité, mais surtout par la passion qui animait toutes les équipes qui avaient fait le déplacement.

Je n’avais malheureusement pas eu le temps de regarder toutes les web séries de la sélection, aussi il est parfois difficile de se faire une idée à partir d’un seul épisode, surtout si l’histoire se veut mystérieuse – comme celle de Random ou d’IO – ou carrément cryptique – avec Cluster Agency – les web séries plus tournées vers l’humour comme The Popcorn Show, Self Story, The Hunters, Euh, Entendu dans les bars ou encore Mortus Corporatus étant forcément plus accessibles d’entrée de jeu.

Et puis il y avait le petit OVNI, la web série animée : Zozo, le fugitif de l’Espace, gros coup de cœur tant du point de vue de la direction artistique que des nombreux clins d’oeil de films ou de jeux vidéos que j’ai pu y retrouver.

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Mortus Corporatus

Le jury de la compétition composé de Joël Bassaget, Camille Ghanassia et Youssri El Yaakoubi s’est prêté jusqu’au bout au jeu des questions réponses avec les équipes présentes et ce fut intéressant de voir le regard que posait des professionnels sur les différentes web séries présentées.

Toutefois je dois avouer que je fus assez étonnée de voir que ce sont finalement les web séries les plus “académiques” du point de vue de la mise en scène et de la narration qui ont eu la faveur des critiques du jury la plupart du temps.

Alors que ce média est censé incarner une certaine forme de contre-culture, avoir un discours aussi élogieux face à une version franchouillarde de Dead Like Me qui transpose les héros en salariés d’entreprise version management “petit patronat mesquin et hiérarchie archaïque ” ça fait un peu mal à ma “contre-production”… (aka Mortus Corporatus).

Sans dénigrer la web série elle-même plutôt sympathique et rigolote, question mise en scène proprette et humour convenu, voir cliché, on n’a du mal à faire mieux. Idem avec Random qui a enthousiasmé le Jury, alors même qu’elle propose un sujet certes intéressant voir intriguant dans la veine de “Les Revenants”, mais dans une version à mourir d’ennui de convenance cinématographique.

J’avoue avoir préféré les partis pris plus chaotiques et osés des web séries Io, Cluster Agency ou Self Story ou encore l’humour décapant de Euh ou passé au vitriol de The Popcorn Show, certes imparfaites dans leur réalisation mais tellement plus intéressantes et éloignées des séries TV.

J’ai également beaucoup aimé l’idée d’interactivité proposée par Self Story qui tend à se rapprocher au fur et à mesure de sa narration aux “Livres dont vous êtes le héros” ou encore le transmédia web série/jeu en réalité alternée gravitant autour d’IO.

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Self Story

Toutefois, ne soyons pas mauvaise langue, au final c’est la web série Self Story, avec un grille-pain qui parle et a des pouvoirs aussi gras que le génie d’Aladin, qui a remporté le Grand Prix du Jury.

Le prix du public est allé quant à lui à Mortus Corporatus, la web série sur les employés de la Grande Faucheuse version PMU… je suis déception, surtout parce que cette web série a l’avantage de bénéficier d’acteurs professionnels, mais j’imagine que c’était l’une des web séries dont les codes étaient le plus proches des séries TV auxquelles le public est habitué.

POUR CONCLURE

Comme dirait Joël Bassaget, “au jour d’aujourd’hui” je découvre à peine la richesse de ce média alors même qu’il est en pleine phase de mutation économique et culturelle, et je dois dire que la bête a quelque chose de très prometteur en terme de support narratif que ce soit pour oser et bousculer ou à l’inverse, pour la propagande ou véhiculer un discours commercial/politique quel qu’il soit.

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Les orga et Mr le Maire de Seloncourt

Cela ne m’étonnerait d’ailleurs pas que les web séries deviennent sous peu le fer de lance de la publicité native…

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