Blood Machines : la chair et le métal, antagonisme masculin/féminin

Vendu par mon compagnon comme une petite pépite de savoir-faire french-touch et féministe badass, c’est d’abord par curiosité quasi anthropologique que j’ai voulu voir Blood Machines, une œuvre décrite comme un support visuel à l’univers musical de Carpenter Brut. Artiste reconnu et pionnier du genre synthwave, Carpenter Brut c’est avant tout un univers électro dopé à la culture des années 80, pas vraiment connues pour leur avancées féministes. J’étais donc curieuse de voir comment l’on pouvait réconcilier une décennies sacrément machiste avec les tendances féministes actuelles sans se manger un mur…

Attention, cet article va spoiler sévère, avoir vu le film avant est fortement recommandé.

Genèse du projet Blood Machine

Avant d’entrer dans le vif du sujet voici un petit récapitulatif de la naissance de ce projet, pur produit de la culture internet.

29/02/2016 : sortie du Clip Turbo Killer de Carpenter Brut réalisé par Seth Ickerman (duo spécialisé dans la création audiovisuelle)

1er décembre 2016 : le premier projet kickstarter est lancé par Seth Ickerman pour réaliser la suite de Turbo Killer sous la forme d’un court métrage de 30 minutes : Somme demandée : 75.000,00 € – Somme obtenue : 185.133,00 €

08 mai 2019 : le second projet kickstarter est lancé pour soutenir le passage d’un court métrage de 30 minutes à celui d’un moyen métrage de 50 minutes et principalement le budget alloué aux effets spéciaux. Le film est déjà en post-production à ce moment là. Somme demandée : 60.000,00 € – Somme obtenue : 117.539,00 €

Budget total du projet = 302.672,00 Euros 

29 mai 2019 : SHUDER plateforme de streaming US spécialisée dans la diffusion de contenus horrifiques et fantastiques rejoint le projet pour diffuser le film sur sa plateforme.

21 mai 2020 : le film Blood Machines est mis en ligne sur SHUDER et disponible en téléchargement pour les backers. Il sera finalement découpé en trois épisodes : Mima, Corey et Tracy. Précisons que ce découpage inattendu a été réalisé à la requête de la plateforme SHUDER, lequel donne un rythme étrange au film qui le dessert quelque peu.

Pitch et univers

Deux chasseurs traquent une machine [sous la forme d’un vaisseau spatial autonome] qui tente de s’émanciper. Après l’avoir abattue, ils assistent à un phénomène mystique : le spectre d’une jeune femme s’arrache de la carcasse du vaisseau comme si elle avait une âme. Cherchant à comprendre la nature de ce spectre, ils entament une course-poursuite avec elle à travers l’espace. » 

Difficile d’avoir une réelle vue d’ensemble de l’univers de Turbo Killer/ Blood Machines. Les seuls indices disponibles étant disséminés dans les rares dialogues du moyen métrage, le tout laissant plutôt place à l’imagination du spectateur et à son ressenti face aux images.

L’histoire se situe dans un monde manifestement post-apocalyptique causé par l’émancipation des machines/IA créées par l’homme.  Des chasseurs spécialisés sont donc envoyés dans l’espace pour les traquer et les soumettre afin de pouvoir utiliser les pièces pour leur propre usage. Le “héros” Vascan, l’un de ces chasseurs, accompagné de son co-pilote et mécanicien Lago, découvre lors d’une traque que les machines seraient en fait dirigées par quelqu’un ou quelque chose et décide d’enquêter pour en découvrir l’origine et le détruire. 

Si Turbo Killer a été clairement réalisé dans le but de soutenir la musique de Carpenter Brut, c’est ni plus ni moins qu’un clip vidéo, on sent que Blood Machines souhaite plutôt l’inverse, avec une musique en soutien du format visuel. Celle-ci, bien que toujours présente – il n’y a aucun moment de silence pendant toute la durée du film – va osciller entre fond et explosion sonore en fonction des scènes. Il en résulte d’ailleurs qu’elle en devient envahissante par moment et l’œuvre peine un peu à trouver son équilibre entre support visuel et sonore.

Le thème était un morceau que j’avais composé pour Leather Teeth mais je ne lui trouvais pas sa place sur l’album. Donc je l’avais laissé tomber. Et puis quand j’ai commencé à bosser sur la B.O je me suis dit que ça pourrait coller à l’ambiance globale et c’est parti comme ça. Je l’ai évidemment beaucoup retravaillé mais je suis parti de la ligne d’arpégiateur du début. J’ai composé tout le reste entre septembre 2018 et août 2019 de mémoire. J’étais en tournée en même temps donc c’était vraiment le bordel. En plus le film étant gavé de VFX, je ne travaillais qu’avec les images live sans effets ou avec du storyboard deluxe animé en 3D. Donc pas vraiment facile de se projeter. J’ai découvert le film terminé grosso modo quand les projections dans les festivals ont commencé.

Extrait interview Carpenter Brut au sujet de Blood Machines pour le site Synthspiria

Sans rentrer dans une analyse cinématographique poussée – ce qui n’est clairement pas mon domaine de compétence – j’ai trouvé le résultat extrêmement intéressant dans son ensemble, avec des effets spéciaux et un univers graphiques bluffants pour un moyen-métrage au budget limité. Si tout n’est pas parfait, le film n’a pas à rougir de ses prouesses techniques ni de ses acteurs, qui, sans être renversants, assurent bien leur part du boulot et ne desservent pas l’oeuvre. Mention spéciale au design général que j’ai trouvé particulièrement original, que ce soit les vaisseaux, le style rétro-new-age, les costumes, les chorégraphies… Rien que pour sa vision ambitieuse ce film mérite d’être cité comme un nouveau standard du genre SF français clairement pauvre encore aujourd’hui.

Que ce soit avec Turbo Killer ou Blood Machines, l’univers mis en scène est une ode poisseuse et fluo aux années 80 et aux personnages “anti-héros” velus et clairement macho. Mais la définition du bien et du mal reste volontairement floue puisque le spectateur n’a aucun background pour déterminer à quel protagoniste il va pouvoir s’identifier. Au fil des images qui défilent seuls les choix et actions des acteurs à un instant T vont nous faire ressentir des émotions.

Dans Turbo Killer par exemple il n’y a finalement aucun moyen de savoir vraiment qui est « gentil » ou « méchant ». La victime en est-elle une ? ses traqueurs des sadiques ? le « sauveur » est-il justifié ? Blood Machines nous apporte quelques éléments de réponse, avec le personnage de Corey qui semble être l’alter-égo ou le rappel du « sauveur » masqué de Turbo Killer, et celui de Mima qui n’est autre que la traquée/sauvée de Turbo Killer, le tout en posant la lutte Homme/Machines, avec « homme » au sens genré du terme.

Dès les premières minutes de Blood Machines nous comprenons que l’univers repose entièrement sur un antagonisme masculin/féminin, dominant/dominé, pouvoir en place/rébellion. Et point de rédemption ici puisque les héros incarnant le masculin sont au mieux des spectateurs passifs et consentants (Lago) au pire des prédateurs avides et froids (Vascan). Le salut résiderait-il donc dans la part féminine de cet univers ?

Bande annonce officielle Blood Machines

L’antagonisme masculin/féminin

Le jeune « chasseur » incarne la persona masculine, la nouvelle civilisation, froide, calculatrice et dominante. Poussé au paroxysme du cliché macho sans peur et sans reproche, Vascan n’a pour seul objectif que de prendre et dominer, quel qu’en soit la méthode ou le prix. Brutal avec ses pairs, ses outils ou les étrangers, il n’a plus rien d’humain au sens sensoriel du terme. Même les événements paranormaux voir mystiques dont il sera témoin ne provoqueront pas une once de réaction émotionnelle, seule la traque, la domination et la possession compteront.

Lago, le vieux mécano et copilote incarne une autre version de la persona masculine. La vieille garde, qui a connu l’ancienne civilisation et arbore ses derniers principes moraux. Il est l’ancien monde, passif et spectateur consentant d’un désastre annoncé. Toute sa « morale » bien-pensante ne l’a pas sauvé et il se contente encore de regarder. Pas « mauvais », avec un certain sens de l’éthique, il n’en reste pas moins incapable de décider par lui-même et reste soumis à la persona masculine de la nouvelle civilisation incarnée par Vascan. Les événements paranormaux dont il est témoin l’effraient et l’émerveillent en même temps, Il a d’ailleurs encore un semblant de foi religieuse chrétienne – il fera le signe de croix – il « sent » ce qu’il se passe alors même qu’il ne le comprend pas. Les lamentables excuses qu’il proférera plus tard tout en brutalisant la persona féminine de son vaisseau sont le reflet de l’ancien monde : faible.

En opposition avec ces deux visions de la civilisation incarnées par deux personas masculines distinctes, il existe également deux personas féminines dans Blood Machines.

Les premières, humaines, faite de chair et de sang semblent tout droit sorties de leur forêt avec des attributs que l’on pourraient qualifier de claniques, voir de sauvages : les bâtons en opposition aux pistolet lasers, vêtements en lambeaux, peintures tribales, rituels mystiques. Tout en elles cri la sensorialité par opposition à la froideur de la persona masculine. Elles touchent, expriment, caressent, elles incarnent un monde encore plus ancien que celui de Lago : un monde païen, un monde mystique. Sororité, coven, clan, elles parcourent les mondes en libérant l’âme des machines qui se sont rebellées et combattent ainsi la nouvelle civilisation incarnée par la persona masculine de Vascan.

La seconde persona féminine est plus complexe. Elle est « l’esprit de la machine » a qui l’on a donné corps. Lors d’un rituel mystique (et fort suggestif) Corey libère l’esprit du vaisseau abattu par Vascan, qui prend alors corps et forme humaine et s’élance dans l’espace comme pour répondre à un mystérieux appel. Nous comprenons rapidement que TOUTES les machines ont une persona féminine, une forme d’âme qui ressent et peut mourir, y compris le vaisseau du chasseur dont l’esprit-machine Tracy est harnachées comme un outil, humiliée dans une position suggestive voir carrément sexuelle, soumise au bon vouloir de son utilisateur (ici le capitaine du vaisseau et son copilote).

Les créateurs du film ont à mon sens un peu brouillé les cartes en plaquant sur toutes les femmes machines libérées une croix chrétienne inversées qui semblent en feu et remonte de leur pubis jusqu’au milieu du ventre. Ce symbole satanique est comme une réminiscence de l’ancien monde et je n’ai pas bien saisi sa signification : est-il là pour symboliser une forme de corruption ? est-ce la cicatrice de leur ancien statut d’esclave ? est-ce la marque de la perception qu’avaient d’elles leurs anciens maîtres en tant que persona féminine ? Les écrits religieux regorgent en effet d’histoire mettant en scène la femme comme corruptrice ou esclave de ses désirs, comme outil du diable, tentant les « pauvres » hommes incapables de résister à leurs pulsions.

J’ai encore du mal à me décider sur la signification à donner à cette croix satanique qui semble museler les organes sexuels et reproducteurs de ces femmes-machines une fois qu’elles sont libérées. Peut-être est-ce simplement pour illustrer un autre antagonisme à l’intérieur de l’ancien monde dont elles sont finalement issues : ancien monde monothéiste face au monde païen, comme le vieux Lago qui fait le signe de croix en voyant l’esprit de la machine s’extraire de la carcasse mourante de son vaisseau, révélant alors son corps nu et sa croix inversée flamboyante à tous les regards.

Il semblerait en tout cas que du point de vue de l’équipe de production ce symbole n’ai finalement pas d’autre signification que celle d’être issue de l’imagerie pop des années 80 comme l’illustre cette réponse de Seth Ickerman interrogé sur le symbole des croix retournées dans une interview pour le site khimairaworld.com

Étrangement, la censure et le puritanisme ne vient pas toujours de là où l’on croit… Ces codes n’ont rien d’extraordinaire dans l’histoire du cinéma et notamment dans la catégorie Horreur. Shudder est une plateforme spécialisée dans ce genre, et notre Blood Machines est loin d’être l’œuvre la plus dérangeante. Chez nous, toute cette imagerie reste très stylisée, pop et fantasmagorique.

Extrait interview Seth Ickerman pour khimairaworld.com

Certains voient également dans ces femmes-machines dénuées de paroles et de libre-arbitre l’incarnation de la force de production qui se trouvent indifféremment soumises à tous les mondes : nouveau, ancien ou païen. Car même une fois libérées elles ne serviront finalement que d’outil de destruction entre les mains des personas féminines humaines lors d’une bataille finale épique mêlant technologie et mysticisme.

Les archétypes féminins

Si Blood Machines tente d’apporter une dimension intéressante aux personnages féminins, ceux-ci sont finalement travaillé au travers d’archétypes relativement communs et au symbolisme connu. De la jeune fille fragile et victime à la guerrière, l’éventail quasi complet de la féminité est revisité.

Notre première rencontre avec la féminité se fait par l’intermédiaire de l’archétype de la jeune fille (aka la demoiselle en détresse) via la machine Tracy, réduite à l’état de poupée gonflable métallique harnachée au centre du vaisseau dans une position fortement sexualisée. Bien que nous puissions sentir rapidement les prémices de son « éveil », elle n’en reste pas moins impuissante face à la brutalité physique et verbale dont elle est l’objet. Les dialogues nous permettront également de comprendre que les hommes de ce nouveau monde ne connaissent plus de vraies femmes et s’adonnent par défaut au sexe avec des machines. La persona féminine des machines est donc esclave et soumise, outil de production ou de plaisir des hommes. Ce qui est d’ailleurs encore renforcé par le fait que toutes les femmes-machines sont jeunes, nues et totalement dénuées de parole ou même d’esprit d’initiative.

Notre seconde rencontre se fait par l’intermédiaire de l’archétype de la sorcière (aka la femme sage), avec les sœurs tribales qui entourent le vaisseau blessé et tentent de le sauver avant de finalement le libérer. Les sœurs sont de tout âge, de toute taille et sans artifices liés à leur genre. Elles arborent plutôt des symboles tribaux ou mystiques et semblent indépendantes les unes des autres. Si la passivité de Vascan face à cette rencontre étonne un peu vu son profil, on comprend tout de même que Corey se laisse délibérément faire lorsqu’il l’enchaine dans son vaisseau pour suivre l’esprit de la machine dans l’espace. Bien trop sûr de lui et de sa domination, le jeune chasseur ne réalisera que trop tard qu’il est tombé dans un piège malgré les avertissements timides de Lago. Cet archétype ne sera jamais sexualisé en tant que tel, même si Vascan suggèrera – bien lourdement – son intention de goûter enfin aux plaisirs de la vraie chair. La sorcière incarne la femme sauvage, la mémoire féminine, son savoir et son mystère.

Corey passera ensuite par l’archétype de la tentatrice (aka la femme fatale). Elle usera de différentes approches (fausse soumission, douceur, séduction, tentation sexuelle) pour faire baisser la garde du chasseur qui finira littéralement explosé par l’extension pénienne que forme l’arme dont il ne se sépare pas. Cet archétype est fortement sexualisé mais sous une forme de fausse soumission. L’homme croit jusqu’au bout qu’il domine la situation et la femme qui s’agenouille à ses pieds. Il prend plaisir à la frapper puis à la regarder « masturber » son arme, méfiant mais inconscient du danger qu’elle représente réellement, simplement parce qu’il ne peut pas le concevoir. Cet archétype parle de lui-même et incarne la vision religieuse de la femme en tant que tentatrice et objet du diable. Mais si l’on va plus loin, alors que la sorcière a initié la chute du héro par son intellect, la tentatrice quant à elle, va la conclure par sa malice en renvoyant à Vascan sa propre image de mâle dominant.

Viens enfin la bataille finale, apogée et conclusion du voyage des « héros », les hommes sont à présent face à l’archétype de la guerrière (aka l’amazone). Corey investi des pouvoirs mystiques que lui confèrent son statut et l’endroit où elle se trouve, prend possession de l’esprit de la machine, le soumettant à sa volonté et l’utilisant pour détruire ses ennemis dans une chorégraphie à la fois sexuelle et surnaturelle. L’esprit de la machine est à nouveau réduit à l’état d’outil et s’effondre soudain après avoir achevé son objectif. Certainement l’une des meilleures scène du film, cette bataille entre magie et technologie résume bien l’antagonisme du film qui peine à sortir des clichés pour vraiment offrir un discours féministe. Si l’on ne peut nier l’esprit féministe, l’utilisation abusive des corps et de la sexualité renvoi la femme à son cliché primaire d’objectification.

Le dernier archétype sera celui de la mère. La matrice originelle où se fondent les machines pour ne former qu’une et où Vascan finira prisonnier. Vision surréaliste de ce corps féminin géant flottant dans l’espace et dont le noyau (la matrice) s’ouvre littéralement comme une fleur. L’archétype de la mère englobe toutes les facettes féminines, leur donne vie et les réintègre à leur mort dans un cycle naturel et infini.

Alors Blood Machines est-il féministe ?

Bien qu’il soit difficile de savoir ce que l’équipe de réalisation avait en tête de ce point de vue, il semblerait toutefois que faire un film féministe n’ai pas été au cœur de leurs préoccupations, comme peuvent l’illustrer leurs diverses interview.

Un peu comme le personnage du jeu vidéo Bayonetta, Blood Machines peut être vu comme à la fois féministe et sexiste. Si les personnages féminins sont mis en valeur et évoluent jusqu’à dominer, voir même détruire, leurs antagonistes masculins, la femme n’en est pas moins objectifiée et sexualisée à outrance par le regard de la caméra et des protagonistes.

Répondant largement aux codes des années 80, Blood Machines revisite un univers machiste avec les standards des années 2020 mais sans vraiment en dépasser les limites.

J’ai pu lire par exemple en commentaire qu’il ne passe même pas le test de Bechdel. Pour mémoire, le test de Bechdel ne se veut qu’un indicateur du sexisme des films qui ne mettraient en avant qu’un nombre restreint de personnages féminins, dont le rôle serait celui de faire-valoir des personnages masculins. Pour autant, il ne peut pas suffire à déterminer si un film est féministe ou pas, puisqu’il passe sous silence les questions de diversité des femmes, leur rôle dans l’histoire ou encore la façon de les montrer. De ce point de vue Blood Machines réussit la prouesse d’explorer en 50 minutes quasiment tous les archétypes féminins auxquels le cinéma a pu nous habituer, mais échoue simplement à les sortir de leur objectification. Le fait d’avoir choisi un « héro » masculin, même si il s’avère « mauvais », et l’utilisation abusive des sous-entendus sexuels et des corps nus n’aide pas, même si cela sert dans une certaine mesure à soutenir les concepts et idées derrières les images.

Question Khimaira : Il y a dans Blood Machines une prééminence des personnages féminins : l’intelligence artificielle du vaisseau est matérialisée sous la forme d’une sorte de figure de proue robotique aux formes féminines, puis l’I.A. évolue et, en s’incarnant, elle devient femme quasi divine. Le moins qu’on puisse dire est que les silhouettes mâles font pâle figure à côté d’elle… Réponse Seth Ickerman : Nous ne sommes pas tout à fait d’accord. Malgré les apparences, nous avons aussi beaucoup d’affection pour nos personnages masculins. Sur un plan purement formel, on ne les rabaisse pas, bien au contraire. Par exemple, si on regarde bien le personnage de Vascan, il y a une volonté de l’iconiser par la mise en scène — par ses postures, la lumière sur lui, les plans épiques comme lorsqu’il pose devant l’immensité de l’espace, etc. La vraie différence avec les femmes, c’est que cette valorisation est sans cesse démontée par les actes détestables du personnage. Mais tout n’est peut-être pas désespéré…

Extrait interview Seth Ickerman pour khimairaworld.com

Enfin, bien que la figure de la femme soit ici au centre de l’univers (métaphoriquement et littéralement parlant), et invite à une lecture féminine du monde par le biais de la sensibilité qu’elle véhicule, en opposition avec l’absence de tout sentiment de la figure masculine, les personnages féminins n’assument à aucun moment le fait d’être des femmes. Elles ne répondent qu’aux obligations imposées par leur rôle d’ennemis des hommes ou de l’Homme. Si la féminité est largement exploitée, montrée et magnifiée, la femme n’a quant à elle aucun rôle à jouer en tant que telle.

Et c’est sans doute ce point qui fait de Blood Machines un opéra cosmique magnifiant la figure féminine – malheureusement parfois à la limite du sexisme – mais sûrement pas un film féministe.

Qu’à cela ne tienne, l’effet qu’il provoque ne laisse pas indifférent. Que l’on aime ou déteste ce mélange improbable de musique électro et d’images surréalistes, Blood Machines reste une expérience marquante et la preuve que l’imaginaire SF français peut produire des choses intéressantes. Dommage qu’il ai fallu partir aux Etats-Unis pour pouvoir achever ce projet à défaut de trouver des soutiens en France.

Si pour conclure je ne classerai pas Blood Machines en tant que film féministe, il est certain qu’il nous offre une lecture féminine du monde. J’ai plongé sans problème dans ce voyage cosmique qui utilise la force des symboles pour nous renvoyer une image dérangeante de nos futurs possibles. J’ai sans doute sur-analysé ce qui reste finalement une « simple » expérience audio-visuelle. Décortiquer ce moyen métrage d’un point de vue féminin a été très intéressant mais je pense que l’objectif de cette œuvre n’était pas de nous faire réfléchir sur les seuls antagonismes masculins/féminins, mais plutôt sur la place de l’humanité et des conséquences de ses choix : une réflexion métaphysique sur l’Homme, la machine et la divinité.

Délicieusement imparfait, suffisamment bizarre et perché pour déclencher débat, œuvre sensorielle, Blood machines reste un film à voir et à revoir…

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