Low-Tech : un pas en arrière pour deux pas dans le futur ?

En parallèle des courants minimalistes, décroissants ou zéro déchets qui ne cessent de prendre une ampleur tout au mieux médiatique si ce n’est factuelle, il existe depuis les années 1970 une autre vision de la technologie censée apporter des solutions pratiques et abordables afin de réconcilier technologie et consommation durable.

Le concept de « low-tech » (littéralement « basse technologie » ou « technologie douce ») serait né dans les années 1960-1970 avec notamment Ernst Friedrich Schumacher, pionnier de l’introduction des idées écologistes en matière d’économie et de politique de développement.

Il s’agit alors d’envisager l’activité humaine sous un angle novateur et de développer une pensée critique à l’utilisation des technologies :

  • prise en compte de la nature en tant que capital à préserver, et non plus en tant que simple source de revenus ;
  • souci d’une économie pérenne, fondée sur une exploitation raisonnée de ressources naturelles limitées ;
  • intégration du bien-être des travailleurs et de la préservation de l’environnement dans les décisions économiques.

Toutefois, les recherches et démarches amorcées par ce courant sont rapidement abandonnées, possiblement suite à la pression des grands lobbys, et sans doute aussi par le simple fait que personne ou presque n’en avait rien à carrer à cette époque de notre empreinte écologique ou des dérives de l’industrialisation.

Il aura donc fallu attendre les années 2010 pour que le concept de low-tech connaisse un regain d’intérêt discret. On se demande bien pourquoi…

C’est quoi le « low-tech » ?

Il n’existe pas vraiment de définition officielle, en dehors de celle du Cambridge International Dictionary of English, dans lequel le concept des low-tech est défini comme étant simplement « une technique qui est non récente, ou utilisant des matériaux anciens ». Pour résumer moins c’est sophistiqué plus c’est low-tech.

Vous trouverez également des mouvements extrémistes anti « high-tech » (littéralement « haute technologie ») qui voient dans le low-tech la solution parfaite au rejet total de toute technologie coûteuse et polluante.

Et il se dessine enfin aujourd’hui une définition plus raisonnée et pragmatique, qui établi pour résumer que par opposition à la « high-tech », le low-tech se caractérise par la mise en place de technologies simples, peu onéreuses, accessibles à tous et facilement réparables, tout en faisant appel à des moyens courants et localement disponibles.

Les concepts principaux qui s’en dégagent sont donc :

  • simplicité de la technologie
  • qui permet donc son accessibilité au plus grand nombre (dimension sociale)
  • sa pérennité par la possibilité d’être réparable (par opposition à l’obsolescence des technologies de pointes)
  • son utilisation de ressources locales, recyclées ou peu onéreuses (empreinte écologique et économique moindre)

Ici la dimension des low-tech est à la fois philosophique, sociale et environnementale, sans toutefois rejeter la dimension technologique. La technologie est plutôt perçue comme un outil au service d’une économie et d’une société plus raisonnée et raisonnable.

Pourquoi low-tech versus high-tech ?

Si notre essor technologique des dernières décennies a été fulgurant et – n’en déplaise à ses opposants – à l’impact généralement positif (médecine, hygiène, sécurité, éducation, confort et qualité de vie…), il n’en reste pas moins qu’il n’a été rendu possible que par une consommation énergétique aussi impressionnante que nos diverses avancées. Un peu comme le serpent se mord la queue : retirez l’énergie et 100% de notre confort et de nos outils modernes s’éteignent. L’un ne peut aller sans l’autre.

Ce qui explique que, malgré toute l’hypothétique bonne volonté de nos gouvernements de vouloir réduire notre empreinte carbone, les objectifs à atteindre sont hors de notre portée, puisqu’encore aujourd’hui, environ 80% de notre production d’énergie mondiale repose sur les énergies fossiles, qui ne sont pas du tout prêtes à être remplacées par les énergies renouvelables (infrastructures insuffisantes, rendements trop faibles, amortissement des coûts trop longs…).

Intervient ici la high-tech.

Tous nos outils numériques modernes consomment de l’énergie, pour fonctionner, pour être stockés, pour communiquer…(serveurs, wifi, 4G, batteries, recharges, infrastructures…) et des études sont parvenus à calculer approximativement la consommation du système numérique mondial qui serait comprise entre 1500 et 2000 térawatt par an (1 térawatt = 1000 milliards de watts ou 1000 gigawatts), soit 3 à 4 fois la production annuelle globale d’électricité en France qui était, pour l’exemple, d’environ 476 TW en 2015.

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Source image : decrypterlenergie.org

Deuxième aspect du numérique pointé du doigt : les métaux rares.

Ce n’est pas un secret, nos technologies de pointe utilisent des métaux rares qui sont des ressources non renouvelables. Au-delà du débat de la quantité restante, de leur épuisement ou des méthodes polluantes dans leur utilisation ou leur extraction, le principal problème réside déjà l’impossibilité de créer une économie circulaire : Ces métaux ne sont peu ou pas recyclables, car trop mélangés dans les processus de fabrication ou utilisés dans de trop faibles quantités (miniaturisation). Moins de 1% de ces métaux sont aujourd’hui recyclés. Ce qui n’empêche pas nos déchets numériques de prendre une ampleur désastreuse et sans réelle solution à ce jour.

L’épuisement des ressources non renouvelables, les pollutions et les impacts sanitaires ont lieu essentiellement lors de la fabrication et de la fin de vie des équipements électroniques. Les émissions de gaz à effet de serre sont également réparties entre fabrication (48 %) et utilisation (52 %). En revanche la consommation électrique (68 %) et d’eau (84 %) est prépondérante sur la phase d’utilisation.Frédérique Bordage

Le low-tech un moyen de réconcilier technologie et écologie ?

C’est donc principalement face à la constatation de notre consommation énergétique galopante, et par conséquent polluante, que le mouvement des low-tech s’est développé, afin d’offrir aux consommateurs des alternatives moins coûteuses, moins énergivores et donc …moins polluantes.

Toutefois, contrairement aux mouvements plus extrêmes, que l’on qualifie de « lower-tech » et qui rejettent purement et simplement la grande majorité de notre technologie moderne, le low-tech actuel recherche plutôt à mon sens, un juste compromis entre confort moderne et empreinte écologique.

Car, soyons honnêtes, il serait naïf aujourd’hui de penser que la majorité de la population serait prête à abandonner sa qualité de vie et son confort, sans un détonateur beaucoup plus fort que des manifestations climat et les chiffres alarmants des projections scientifiques.

Le brouhaha médiatique, les batailles d’études pour ou contre, les accusations de fake news, les porte-paroles aux discours creux ou trop excités… tout ce joyeux bordel n’est finalement pas très efficace et même plutôt stérile.

C’est donc assez naturellement que le mouvement low-tech s’est principalement développé sur internet ou les réseaux sociaux, via des médias plus alternatifs ou discrets et des personnalités misant plus sur les actions que les grands discours, à l’image de Corentin de Chatelperron.

Face à l’immobilisme structurel des gouvernements et des administrations, il semble en effet beaucoup plus efficace de s’adresser directement au consommateur. Pour l’exemple, la loi Transition énergétique de 2015 et la loi Biodiversité de 2016 ne sont toujours pas entrée en vigueur 4 ans plus tard, et certains objectifs ont même déjà été repoussés à 2021 au lieu de 2020. Il est bien plus simple de décider à l’échelle individuelle de ne plus acheter ou accepter de touillettes ou de pailles en plastique etc… que d’attendre que les entreprises se conforment à une loi qui entrera peut-être en vigueur un jour avec l’efficacité que l’on connaît (Pour rappel la Loi n°2010-788 du 12 juillet 2010 tiré du Grenelle II qui, bien qu’entrée en vigueur au 1er janvier 2011, n’est toujours pas appliquée, puisqu’il n’existe aucun moyen de contrôle ou de sanction).

Le low-tech essaye donc de faire appel à la bonne volonté individuelle plutôt que d’attendre sur la machine gouvernementale, car chaque solution proposée peut-être mise en place individuellement ou collectivement, à l’échelle d’un individu, d’un couple, d’une famille, d’un village….

L’open-source, internet, les réseaux sociaux, sont donc curieusement les piliers du développement de ce mouvement qui veut réconcilier le numérique avec l’écologie.

Low-tech : des solutions vraiment faciles et efficaces ?

Si le principe de trouver comment remplacer nos équipements modernes avec des solutions toutes aussi efficaces mais moins chères, plus durables et moins polluantes est plus qu’intéressant, qu’en est-il réellement aujourd’hui en terme de praticité, d’accessibilité et d’efficacité ?

Ne nous voilons pas la face, le low-tech n’est pas encore à la portée de tout un chacun en terme de praticité et d’accessibilité.

Déjà parce que si vous voulez réaliser certaines choses vous même il faut quand même avoir un bon niveau de bricolage ou avoir le temps et l’envie de vous y mettre, et deuxièmement, parce que justement si – comme moi – vous n’avez pas forcément le temps ou l’envie de passer vos weekends à expérimenter sur votre futur four solaire, le coût d’acquisition d’un modèle tout fait en état de fonctionner n’est pas encore à la portée de toutes les bourses (comptez en moyenne entre 400 et 500 euros).

Le low-tech pré-mâché a un coût, parce qu’il n’est pas fait à l’échelle industriel, parce que bien souvent la vente de ces produits va servir à financer d’autres projets et faire vivre les gens derrière le joli site web, et parce qu’aussi l’écologie c’est tendance et que la tendance a un surcoût (phénomène de double consommation).

Enfin, beaucoup de solutions ne sont vraiment possibles à mettre en place que si vous habitez une maison avec un terrain ou même, dès le projet de construction, de préférence hors des zones urbaines denses et des villes. Bien qu’il soit toujours possible de faire certaines choses en appartement et/ou ville ou dans des zones urbaines denses, cela va demander de jongler avec des contraintes sacrément refroidissantes : autorisations des syndics de copropriété, interdictions municipales, problèmes de voisinage, contraintes techniques et logistiques….

Alors même que les villes sont génératrices de la plus grande partie de notre consommation d’énergie ou de nos déchets polluants, les solutions low-tech y sont beaucoup plus difficiles à mettre en place, tout du moins à l’échelle individuelle.

Solutions low-tech

Pour illustrer un peu plus efficacement cet article, voici un listing non-exhaustif de différentes solutions low-tech, facilement identifiables et pour lesquelles il existe déjà des réseaux ou des tuto, bref, des moyens de s’y intéresser un peu plus sérieusement.

Chargeurs solaires

Permettent de recharger vos appareils numériques où que vous soyez (ou presque). Fiables, résistants et étanches, d’une durée de vie d’environ 20 ans et universels car permettent de recharger tous les types d’appareils pourvu que vous trouviez le branchement compatible évidemment. La majorité est aujourd’hui équipée d’une prise USB. (comptez une cinquantaine d’euros en moyenne)

Electroménager low-tech

Machines à laver

Pour les plus volontaires vous pouvez construire votre machine à laver à pédales pour une dizaine d’euros.

Pour les autres, vous pouvez attendre que l’Increvable, une machine à laver censée avoir une durée de vie de 50 ans soit commercialisée.

Fours, barbecues et briquets solaires

Un four solaire haut de gamme peut atteindre les 250°C en 20 minutes et permettre de rôtir, cuire à la vapeur, mijoter ou faire une cuisson lente. (modèle Solar Brother 895 € quand même). Les entrées de gamme (environ 450 €) montent jusqu’à 200°C en 10 minutes. (données en conditions optimales j’imagine)

Briquets solaires, barbecues, modèles pour enfants etc… tout existe !

Vous pouvez également trouver de nombreux tuto sur internet afin de construire le vôtre, même si du coup, j’imagine que vous n’atteindrez sûrement pas les mêmes températures, tout du moins aussi rapidement.

Après quelques recherches sur le sujet, il s’avère quand même difficile de trouver des données fiables quant à l’efficacité de ces équipements dans des régions froides ou peu gâtées par la météo. A voir donc …

Réfrigérateurs

Défi épineux que la conservation des aliments dans la low-tech, car la majorité des solutions proposées ne permettent que d’allonger un peu la durée de vie des aliments (Zeer Pot alias le frigo du désert) ou ne peuvent fonctionner correctement que 6 mois/12, c’est à dire en hiver (le bon vieux garde manger à l’ancienne).

Reste le prometteur GroundFridge du designer Floris Schoonderbeek qui a conçu pour le groupe Weltevree un frigo enfoui sous terre qui fonctionne sans électricité. Le sol joue ici le rôle de thermostat: la terre et l’eau isolent le réfrigérateur de la chaleur et permettent même de le refroidir. Cette technique assure ainsi une température comprise entre 10 et 12°C, idéale pour la conservation des fruits et légumes, fromages, oeufs, conserves et vin ! Inconvénients : l’installation et la place (obligation d’avoir un terrain disponible), ne permet pas la conservation des produits de type viande/poisson/crème fraîche, le coût…

groundfridge
12.000,00 € TTC la bestiole quand même (Groundfridge.com)

Low-tech à la maison

Toilettes sèches 

Avantages : pas de branchement ni d’évacuation nécessaire, hygiénique et sans odeurs, très facile à réaliser et pas cher.

Inconvénients : nécessite une pièce très bien ventilée et avec suffisamment d’espace pour justement éviter les odeurs et permettre un compostage efficace, nécessite également de savoir quoi faire du composte obtenu car il est interdit de le mettre à la poubelle ou de le balancer n’importe où. Difficile donc à mettre en place si on n’a pas de maison ou une commune qui a mis en place des solutions.

Le chauffage 

Sans doute le domaine où il est le plus « facile » d’être low-tech. Maison passive, chauffage solaire, poêles de masse,  puits canadien… énormément de solutions existent pour peu que vous vous y preniez dès la construction ou la rénovation d’une maison. Toutefois, c’est beaucoup plus difficile à mettre en place en appartement. La solution en copropriété serait de planifier un système global pour l’immeuble avec la participation et l’accord de tous les copropriétaires. Plus facile à dire qu’à faire…

Initiatives low-tech réalisables en entreprise ou à l’échelle d’une commune

De nombreuses solutions low-tech sont en cours de réflexion pour limiter nos dépenses énergétiques ou tout du moins en limiter la déperdition.

En Suède on a expérimenté la chaleur humaine dégagée dans la gare de Stockholm pour alimenter en partie le chauffage du bâtiment voisin (coût du projet 21000,00 €).

En France : La géothermie et un puits canadien sont utilisés en gare de Belfort-Montbéliard ce qui en fait un bâtiment HQE (Haute Qualité Environnementale) et la nouvelle gare de Besançon Franche-Comté TGV bénéficie également d’un ensemble de techniques exploitant au mieux les énergies renouvelables : puits canadien, chaufferie au bois, modules photovoltaïques, station solaire… elle a également obtenue le label BBC (Bâtiment Basse Consommation) et la certification HQE.

Gare TGV Belfort-Montbéliard vue du ciel
Gare TGV Belfort-Montbéliard vue du ciel

Mettre des ruches sur les toits des entreprises ou des toitures végétalisées qui serviront de climatisation en été et de nourriture aux abeilles toute l’année.

L’aquaponie : système qui unit la culture de plante et l’élevage de poissons. La culture peut se faire sans terre. En Thaïlande par exemple, où la majorité des aliments sont importés, l’aquaponie est utilisée pour nourrir les populations urbaines en utilisant les toits des habitations.  Des solutions sans utiliser les poissons ont mêmes été développées pour s’adapter au maximum au milieu urbain.

Le Low-tech demain ?

Je ne pense pas que le low-tech seul sera la solution de demain, tout du moins si je ne pars pas du principe que notre société moderne va s’effondrer. Je dirai plutôt que les solutions low-tech ont autant leur place dans notre mode de vie moderne que les solutions high-tech. Les deux pouvant se combiner afin d’apporter des solutions durables et moins coûteuses aux problèmes urbains du futur.

Par exemple, l’utilisation de toitures ou de murs végétalisés comme climatiseur naturels en été a autant sa place que le bigdata ou l’automatisation pour gérer le ramassage des ordures dans une smart city.  Le choix d’un concept n’équivalant pas au rejet de l’autre.

Toutefois, ces solutions ne pourront pas être mise en place à l’échelle de nos institutions gouvernementales, trop lourdes et trop rigides. Il appartiendra aux communes, aux entreprises et aux individus de mettre en place eux-mêmes les solutions adaptées à leur environnement, qu’il soit urbain ou rural, chaud ou tempéré. Les solutions valables à Marseille n’étant pas forcément viables à Lille ou à Arcachon… Et c’est là que low-tech et high-tech peuvent jouer un grand rôle, de part leur adaptabilité en fonction des populations et des environnements géographiques. Le rôle de l’état pouvant alors être de supporter ces mises en place via des aménagements législatifs (adaptation des règles d’urbanisme…) ou fiscaux.

L’accessibilité des low-tech pourra être à terme notre meilleur atout dans l’élaboration des smart city de demain, et ce, même à « Trifouilly-les-Oies ».

Pour en savoir plus :

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